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Guides du collectionneur

Exposer ses vinyles sans abîmer les pochettes

Tablettes, cadres, supports muraux et présentoirs « now playing », face à la poussière et la lumière : pourquoi le vinyle reste rangé, et comment le retrouver.

Des pochettes de disques exposées sur une tablette murale, dans un cadre et sur un présentoir à côté d'une platine, avec des disques rangés debout en dessous.

En bref

  • Une tablette se change le plus vite ; un cadre garde la poussière dehors, mais c'est le plus lent.
  • Au-delà d'une soirée, expose la pochette et garde le disque sur l'étagère.
  • La lumière décolore une pochette pour de bon ; le vitrage anti-UV freine, mais moins de lumière compte davantage.
  • Aucune pochette ne devrait rester exposée pour de bon : change-la quand ton écoute change.
  • Laisse dans le vide une carte qui dit où est le disque, et retire-la à son retour.

Certains disques, tu les as achetés en partie pour la pochette, puis rangés tranche en avant, là où personne ne la voit. Les pochettes font partie du plaisir de posséder des disques, et sur une étagère elles n’apparaissent que quand tu en sors une. En exposer quelques-unes, c’est simple : pose la pochette sur une tablette, sur un présentoir ou dans un cadre, tiens-la à l’abri du soleil, change-la souvent et glisse une carte dans le vide laissé sur l’étagère.

L’essentiel du reste tient à une distinction. Une pochette est faite de papier imprimé et de carton, et la lumière la décolore. Un disque est en vinyle, et la chaleur le voile. La pochette va donc au mur, et le disque reste dans un endroit frais et sombre.

Quatre façons de montrer une pochette

Chacune arbitre entre la protection et la facilité à changer de disque.

Une tablette murale, ou le rebord d’un casier, est la plus rapide. La pochette s’y pose en une seconde et s’enlève aussi vite. Elle ne protège rien non plus : la poussière s’y dépose, la lumière l’atteint, et une tablette chargée de disques appuyés les uns contre les autres, c’est exactement ce contre quoi les archivistes mettent en garde. Les disques sont lourds, et le guide de conservation de l’Université de l’Illinois note que trop de disques rangés en biais sans séparateurs peuvent se voiler. Une ou deux pochettes sur une tablette, c’est une exposition. Dix, c’est une étagère qui s’affaisse.

Le cadre fait le compromis inverse, et c’est le plus lent à changer. Le vitrage (la vitre ou la plaque d’acrylique à l’avant) et un dos bien fermé gardent la poussière dehors, et un vitrage anti-UV coupe la part ultraviolette de la lumière. La pochette ne doit jamais toucher le vitrage : un passe-partout ou des cales maintiennent un espace entre les deux, et une pochette ouvrante ou épaisse demande un cadre profond. Mesure la pochette que tu encadres, ouvrante comprise, plutôt que de te fier à une taille annoncée.

Un support mural pour une seule pochette se situe entre les deux. Il se change presque aussi vite qu’une tablette et reste tout aussi exposé à la poussière et à la lumière, mais aucun disque ne s’appuie sur un autre.

Un présentoir « now playing » à côté de la platine tient la pochette de ce qui tourne sur le plateau. C’est la seule exposition où la pochette n’est en vue que pendant l’écoute, et les deux retournent ensemble sur l’étagère quand tu as fini.

Le disque, ou seulement la pochette ?

Pour une soirée d’écoute, peu importe. Au-delà, garde le disque dans sa sous-pochette sur l’étagère et n’expose que la pochette.

Aucune source ne donne un nombre de jours sans risque pour un disque exposé : c’est donc un raisonnement, pas une règle. Un mur ou une tablette reçoit en général plus de lumière et de chaleur qu’une étagère bien remplie. Le vinyle peut ramollir et se voiler à haute température, et c’est pourquoi les guides de conservation disent de ne jamais laisser des enregistrements près d’une source de chaleur ou de lumière. Le guide de Gilles St-Laurent pour la Bibliothèque nationale du Canada ajoute ce qui en fait un problème lent : chaque cycle de réchauffement et de refroidissement laisse dans le disque une petite déformation qui ne disparaît pas, et ces déformations s’additionnent. L’étagère lui épargne tout cela, et le mur n’y perd rien, puisque personne ne voit un disque à l’intérieur de sa pochette.

Le présentoir « now playing » est l’exception, puisque le disque est alors sur la platine. Ne le laisse simplement pas à nu à côté d’elle entre deux écoutes. La poussière sur un disque peut être enfoncée dans le sillon à la lecture suivante : quand la face est finie, le disque retourne dans sa sous-pochette, tenu par la tranche et l’étiquette.

Choisir le mur avant le cadre

L’endroit où une pochette est accrochée compte plus que ce qui l’entoure. Les dégâts de la lumière sur le papier sont, selon la formule du Northeast Document Conservation Center, « cumulatifs et irréversibles ». Une pochette décolorée remise dans le noir reste décolorée, et un long séjour sous une lumière modeste fait le même travail qu’un court séjour sous une lumière vive.

Le pire, c’est le soleil direct. Les couleurs qui passent peuvent disparaître, avertit l’Institut canadien de conservation, « en aussi peu que quelques heures de plein soleil ». Pour les collections chez soi, la Bibliothèque du Congrès demande « une exposition minimale à toute forme de lumière ; aucune exposition à une lumière directe ou intense », et des disques tenus à l’écart des radiateurs et des bouches d’aération. Donc pas le mur en face de la fenêtre, ni l’étagère au-dessus du radiateur.

Un cadre anti-UV vaut la peine, car le verre ordinaire et l’acrylique standard arrêtent peu d’UV. Ce n’est pas pour autant un permis pour un mur ensoleillé. La lumière visible décolore aussi les couleurs imprimées : pour les couleurs fragiles, l’ICC constate que les UV causent en général moins de la moitié de la décoloration, et souvent un dixième seulement. Ce qui ralentit vraiment la décoloration d’une pochette, c’est moins de lumière, et c’est pourquoi les restaurateurs gardent le papier encadré sous un éclairage tamisé, même derrière un vitrage anti-UV. Une pochette extérieure en plastique transparent, c’est la même histoire en plus petit : elle arrête la poussière et les doigts, et laisse passer la lumière.

Si tu éclaires une exposition, prends des LED, qui ne mettent pas de chaleur dans le faisceau ; les lampes halogènes et à incandescence chauffent et doivent rester bien loin de la pochette. Oriente la lumière près de la pochette plutôt que droit dessus. Évite un mur extérieur humide et mal isolé, où l’humidité peut s’accumuler. Choisis un cadre dont le dos en retrait laisse circuler l’air entre lui et le mur, et accroche-le solidement.

Garde tout cela en proportion. Ce sont des consignes de musée, écrites pour du papier irremplaçable sous des éclairages d’exposition. Une pochette sur un mur à l’ombre n’est pas en danger d’ici la semaine prochaine. Une pochette sur un mur ensoleillé passe un peu chaque après-midi.

Faire tourner, et laisser l’écoute décider

Les musées n’exposent pas le papier en permanence. Ils font tourner. Pour donner un ordre de grandeur, le NEDCC indique que la plupart des objets de collection peuvent être exposés trois à quatre mois entre 50 et 150 lux sans se décolorer, et que 50 lux correspondent à peu près à l’éclairage d’un salon le soir. C’est un chiffre pour un éclairage de musée maîtrisé, pas un calendrier pour ton entrée, et une pièce plus lumineuse le raccourcit. Nous n’avons trouvé aucune durée mesurée pour des pochettes à la maison : toute règle du type « une fois par mois » reste une supposition.

Une habitude liée à quelque chose qui arrive de toute façon marche mieux qu’un calendrier. Expose le disque que tu écoutes cette semaine. Donne un tour au dernier arrivé avant de le ranger. Change le mur avec les saisons. Aucune pochette ne devrait rester exposée pour de bon, et une exposition qui change quand ton écoute change n’en a jamais l’occasion. Essuie la tablette pendant qu’elle est vide.

Garder le reste facile à retrouver

Un disque au mur laisse un vide sur l’étagère, et dans six mois ce vide ne dira plus où il est parti. Quand un disque est exposé, glisse à sa place une carte qui dit où il se trouve : « mur de l’entrée », « à côté de la platine ». C’est le même procédé que notre guide pour ranger vinyles et CD utilise pour les coffrets rangés loin de leur artiste, et il marche pour la même raison : l’étagère te dit où chercher. Quand la pochette revient, la carte sort.

Si tu tiens un catalogue, donne à l’exemplaire son coin d’exposition comme emplacement tant qu’il y est, et remets l’ancien à son retour. Un emplacement n’est utile que s’il est vrai.

Quelques pochettes, donc, changées souvent et tenues à l’abri du soleil, les disques sur l’étagère et une carte qui garde chaque place. Si ta collection vit dans Record by Record, note où se trouve chaque exemplaire pendant qu’il est au mur, et l’étagère et le catalogue resteront d’accord.

Questions

Faut-il garder le film plastique sur une pochette exposée ?

Retire-le, au mur comme sur l'étagère. Gaylord, un fournisseur de matériel d'archivage, prévient que le film peut continuer à rétrécir après l'achat, jusqu'à abîmer le disque lui-même. Si le film porte un autocollant que tu veux garder, découpe autour et range le morceau avec la pochette.

J'ai déjà des pochettes dans des cadres ordinaires. Faut-il les réencadrer ?

Rien ne presse. Le verre ordinaire arrête la poussière, ce qui fait la moitié du travail d'un cadre, même s'il bloque peu d'UV. Déplacer le cadre vers un mur plus sombre fait plus pour la pochette qu'un nouveau vitrage sur un mur lumineux. La prochaine fois que tu ouvres le cadre, vérifie que rien n'est plaqué contre le verre, et si tu changes le vitrage, choisis-le anti-UV.

Comment exposer des 45 tours ou des CD ?

Avec les mêmes règles, en plus petit. La pochette illustrée d'un 45 tours est du papier imprimé et passe comme celle d'un 33 tours, et le livret d'un CD est aussi en papier : ce qui vaut pour le soleil, les lampes et la rotation vaut pour les deux. Il existe de petites tablettes et de petits cadres pour chacun. Sur l'étagère, sépare les formats, comme l'explique notre guide pour ranger une collection mixte, et laisse une carte dans le vide comme pour un 33 tours.

Une pochette exposée s'est décolorée. Peut-on la restaurer ?

Non. La décoloration due à la lumière ne s'inverse pas, et ranger la pochette dans le noir l'empêche seulement de s'aggraver. Remets-la sur l'étagère et choisis un coin plus sombre pour la suivante. Si un jour tu décris cet exemplaire à quelqu'un, souviens-toi qu'une pochette a sa propre note d'état, distincte de celle du disque : une pochette passée avec un disque propre se décrit exactement ainsi.

Puis-je exposer des disques sur un mur ensoleillé l'après-midi si je ferme les stores ?

Fermer stores ou rideaux aux heures les plus lumineuses, c'est ce que recommandent les restaurateurs, et ça aide. Cela ne fait pas pour autant d'un mur lumineux un mur sombre, et le reste de la lumière du jour compte quand même, parce que les dégâts s'additionnent. Si c'est le seul mur dont tu disposes, garde chaque exposition courte, prends un vitrage anti-UV et réserve un endroit plus sombre aux pochettes qui te tiennent le plus à cœur.

Sources

  1. nedcc.org/free-resources/preservation-leaflets/2.-the-environment/2.4-protection-from-light-damage
  2. nedcc.org/free-resources/preservation-leaflets/2.-the-environment/2.5-protecting-paper-and-book-collections-during-exhibition
  3. nedcc.org/free-resources/preservation-leaflets/4.-storage-and-handling/4.10-matting-and-framing-for-works-on-paper-and-photographs
  4. canada.ca/en/conservation-institute/services/agents-deterioration/light.html
  5. loc.gov/preservation/care/record.html
  6. psap.library.illinois.edu/collection-id-guide/phonodisc
  7. clir.org/pubs/reports/child/sound/
  8. info.gaylord.com/resources/best-practices-for-vinyl-records