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Guides du collectionneur

Comment ranger vinyles et CD… dans une seule collection

Rangement vinyle et CD : une étagère par taille (33 tours, 45 tours, CD), puis par artiste. Une liste de ta collection montre un album en vinyle et en CD.

Des disques vinyles et des CD rangés debout sur des étagères en bois séparées.

En bref

  • Sur l'étagère, un exemplaire n'a qu'une place ; une liste de ta collection les montre tous ensemble.
  • Range 33 tours, 45 tours et CD à part. Mélanger les tailles voile les vinyles et cache les CD.
  • L'ordre alphabétique cache une dizaine de petites décisions, que les bases musicales ont déjà presque toutes tranchées.
  • Écris tes règles de rangement, pour que l'étagère ait encore un sens pour toi l'an prochain.
  • Note chaque exemplaire à part dans ta liste, avec son format, son édition, son état et son emplacement.

Tu sais que tu as l’album. Tu revois la pochette. Le CD finit par réapparaître dans un carton près de la chaîne, et le vinyle est rangé à la lettre T, parce qu’à un moment tu as décidé que « The » comptait.

Ranger une collection mixte déraille d’une façon prévisible : on demande à l’étagère un travail que seule une liste sait faire. Une étagère ne peut mettre chaque exemplaire qu’à un seul endroit. Une liste de ta collection, un catalogue, peut montrer ensemble tous les exemplaires d’un album, dans tous les formats, où que chacun se trouve. Laisse l’étagère ranger les objets et le catalogue garder la trace de la musique, et la plupart des difficultés disparaissent.

Donner à chaque taille son étagère

La première décision ne porte ni sur l’artiste ni sur le genre. Elle porte sur le diamètre.

Les recommandations de conservation de la Library of Congress disent que les disques doivent être rangés verticalement, idéalement entre des séparateurs pleine hauteur espacés de 4 à 6 pouces, et ajoutent que mélanger des disques de diamètres différents peut aussi provoquer des voiles. Un 45 tours glissé entre deux 33 tours penche. Les 33 tours de part et d’autre perdent le soutien dont ils ont besoin sur toute leur surface. Avec le temps, cela donne un disque qui ne repose plus à plat sur la platine.

Les CD ont le problème inverse. Un boîtier cristal standard mesure 142 millimètres sur 125, et un 33 tours est un disque de 12 pouces dans une pochette un peu plus grande que le disque. Un CD fait moins de la moitié de la hauteur du 33 tours à côté de lui, si bien qu’un boîtier rangé parmi les vinyles disparaît de la vue. Rangé parmi les CD, un 33 tours ne rentre pas du tout.

Ces séparateurs sont l’autre moitié du conseil, et celle qu’on oublie le plus souvent. Une longue étagère ouverte à moitié remplie de disques laisse toute la rangée s’affaisser sur le côté, et la Library note que même des séparateurs plus bas que les disques peuvent contribuer au voilage. Un meuble divisé en cases fait le travail à ta place. Sur une étagère ouverte, ajoute des séparateurs ou des serre-livres solides, et déplace-les à mesure que la rangée grandit, pour que les disques restent droits sans être coincés. Si sortir une pochette entraîne ses voisines avec elle, la case est trop pleine.

Donne donc à chaque taille sa propre rangée : les 33 tours ensemble, les 45 tours ensemble, les CD ensemble. Puis applique le même ordre dans chaque rangée, pour que savoir où se trouve Joni Mitchell parmi les vinyles te dise où elle se trouve parmi les CD. C’est cette cohérence qui fait de plusieurs étagères une seule collection.

Deux remarques pratiques pendant que tu choisis tes meubles. Les 33 tours pèsent en moyenne 35 à 45 livres par pied d’étagère, selon les mêmes recommandations de la Library of Congress, et concentrent ce poids le long de l’axe central de la tablette, ce qui peut faire céder des étagères trop faibles. Et la règle de la verticale vaut pour tout : la Library dit de ne coucher aucun enregistrement à plat, CD compris.

L’ordre alphabétique, c’est une dizaine de petites décisions

« Par ordre alphabétique d’artiste » a l’air d’une règle. C’est en réalité une liste de questions que tu ne t’es pas encore posées. Bob Dylan va-t-il à B ou à D ? The Cure va-t-il à T ? Où va un groupe qui porte le nom de son chanteur, par rapport aux disques solo de ce chanteur ? Et le groupe dont le nom commence par un chiffre ?

Tu n’as pas à inventer les réponses. Les bases de données musicales et les bibliothèques ont tranché ces questions depuis longtemps, et leurs conventions sont assez cohérentes pour être reprises telles quelles.

MusicBrainz, l’encyclopédie musicale ouverte, publie ses règles pour les « sort names » des artistes, la forme que prend un nom pour le classement plutôt que pour l’affichage. Les personnes se classent au nom de famille : Eric Clapton devient « Clapton, Eric ». Les groupes qui commencent par un article le renvoient à la fin : The Beatles devient « Beatles, The », et A Perfect Circle devient « Perfect Circle, A ». Les groupes sans article restent tels quels.

La règle pour les groupes qui portent le nom d’une personne est celle à retenir. The Jimi Hendrix Experience se classe comme « Hendrix, Jimi, Experience, The », ce qui place le groupe juste à côté des autres disques de Hendrix au lieu de la lettre J ou T. Ben Folds Five devient « Folds, Ben, Five » selon la même logique. Les noms stylisés sont ramenés à des lettres ordinaires : P!nk se classe comme Pink.

Pour les chiffres et la ponctuation, on suit des règles de bibliothèque plus anciennes. Les règles de classement de l’American Library Association traitent les espaces et les tirets comme rien, si bien que rien passe avant quelque chose ; viennent ensuite les chiffres avant les lettres, classés par valeur, donc 5 avant 50. Les autres signes de ponctuation sont ignorés, et les abréviations se classent exactement comme elles s’écrivent, sans les développer. En pratique, un groupe dont le nom commence par un chiffre va tout au début de la rangée, pas là où tomberait son nom écrit en toutes lettres.

Rien de tout cela n’est obligatoire. Cela veut simplement dire que, lorsque tu tiens un disque en hésitant, il existe déjà une réponse raisonnable.

Écrire les règles

Les conventions ci-dessus couvrent les noms. Le reste, c’est à toi de le décider, et le danger n’est pas de mal choisir, c’est de choisir deux fois.

Quelques questions reviennent dans toutes les collections : les bandes originales, les compilations multi-artistes, les collaborations, les coffrets trop grands pour l’étagère de leur artiste, et la question de savoir si une carrière solo va avec le groupe. Chacune a plus d’une réponse défendable. Les bandes originales peuvent former leur propre section ou aller au nom du compositeur. Une collaboration peut aller au premier nom crédité. Un coffret peut vivre sur une étagère du bas, avec un intercalaire à la place habituelle de l’artiste qui indique où il est parti.

Choisis une réponse, puis écris-la. Une fiche scotchée à l’intérieur d’une porte de meuble fera l’affaire, ou une note en tête de ton catalogue. Dans six mois, tu tiendras une compilation sans te souvenir de ce que tu avais décidé, et la fiche, elle, s’en souviendra.

Les sections par genre sont une bonne idée, avec une réserve : chaque section ajoutée est une question de plus à trancher à chaque nouveau disque. Garde-les assez peu nombreuses pour que placer un album ne tourne jamais au débat, et ne crée pas une section pour un seul disque simplement parce qu’elle pourrait exister.

Les systèmes personnels fonctionnent aussi. Dans High Fidelity, le roman de Nick Hornby paru en 1995, Rob, qui tient un magasin de disques à Londres, réorganise sa collection dans l’ordre où il a acheté les albums. C’est une jolie idée, et elle fonctionne pour exactement une personne. Si quelqu’un d’autre dans la maison doit un jour trouver un disque, un système qu’il peut deviner vaut mieux qu’un système qu’il faut lui expliquer.

Nommer des emplacements que tu comprendras encore

Une fois les étagères triées, donne un nom à chaque zone et utilise partout les mêmes mots. « Salon, meuble de gauche, étagère 2 » ou « CD du bureau » suffit. Un code élaboré n’est utile que si tu peux le déchiffrer l’an prochain sans la clé.

Commence avec des emplacements larges. Tu pourras ajouter de la précision quand retrouver quelque chose deviendra vraiment difficile, pas avant. Un emplacement qui survit à un déménagement des meubles vaut plus qu’un emplacement qui décrit la pièce exactement.

Un album, plusieurs exemplaires

C’est ici que le catalogue fait le travail que l’étagère ne peut pas faire. Le même album peut exister chez toi en CD dans le bureau et en vinyle dans le salon, chacun sur la bonne étagère et loin de l’autre. Le catalogue est le seul endroit où les deux apparaissent ensemble.

Enregistre chaque exemplaire à part : le format, l’édition, son état et l’endroit où il se trouve. L’édition est facile à négliger. Deux exemplaires du même album peuvent porter des masters différents, et ce qui distingue un original, une réédition et un remaster s’oublie facilement une fois les deux rangés. L’état mérite une ligne lui aussi, noté selon l’échelle standard, pour que le prochain exemplaire qu’on te propose puisse être comparé à celui que tu as déjà.

Devant un bac de disques d’occasion, « Est-ce que je l’ai déjà ? » est rarement la vraie question. Un catalogue qui ne donne que le nom de l’album ne répond pas à celle que tu te poseras vraiment en magasin : « Quelle version est-ce que j’ai, et celle-ci est-elle différente ? »

Un exemplaire de remplacement ne devrait pas effacer le premier en silence. Si tu remplaces un disque par un meilleur, note quel exemplaire reste et pourquoi, que ce soit un pressage plus propre, une pochette dédicacée ou le CD que tu écoutes vraiment.

Quand un disque est prêté, note qui l’a et quand il est parti. Ne lui donne pas un emplacement sur l’étagère qu’il n’occupe pas en ce moment. Tout l’intérêt d’un emplacement, c’est qu’il soit vrai.

Garder une petite zone d’arrivée

Toute collection a besoin d’un endroit pour les nouveaux venus : un petit bout d’étagère pour les disques qui attendent d’être vérifiés et rangés. Garde-le petit et vide-le souvent. Une pile permanente « à trier », c’est une deuxième collection sans aucun système.

La routine est courte. Vérifie l’exemplaire. Pour un CD d’occasion, commence par t’assurer que le disque dans le boîtier est bien celui de la pochette. Entre l’exemplaire dans le catalogue. Écoute-le. Puis range-le selon les règles de la fiche.

Si la routine commence à ressembler à de la paperasse, abandonne des champs plutôt que l’habitude. Le test est simple : est-ce que tu peux trouver l’album que tu veux sans déplacer la moitié de la collection ?

Garde les exemplaires, les éditions et les emplacements ensemble dans Record by Record, et l’étagère ne sert plus qu’à les ranger.

Questions

Où installer la collection dans la maison ?

Dans un endroit stable et sombre plutôt qu'un endroit qui en impose. Pour les collections privées, la Library of Congress recommande une température ambiante ou inférieure, une humidité relative d'environ 35 à 40 %, un climat stable et le moins de lumière possible. Concrètement : évite le mur face à une fenêtre orientée au sud, l'étagère au-dessus d'un radiateur et le coin humide d'une cave. Les fortes variations de température et d'humidité raccourcissent la vie de n'importe quel enregistrement.

Faut-il garder les CD dans leurs boîtiers, ou les passer dans des pochettes qui prennent moins de place ?

Les pochettes font gagner beaucoup de place et perdent la tranche, c'est-à-dire ce que tu lis quand tu cherches un disque. Si tu fais ce choix, garde le livret et l'inlay avec le disque, et étiquette chaque pochette pour ne pas feuilleter une rangée de disques argentés anonymes. Dans tous les cas, tiens les disques par le bord et le trou central. Un boîtier fêlé se remplace pour pas grand-chose ; un livret perdu, non.

Et si un artiste a changé de nom en cours de carrière ?

Range selon le nom imprimé sur chaque disque, puis décide si les deux noms vont ensemble. La plupart des collectionneurs veulent une carrière au même endroit : une solution simple consiste à glisser un intercalaire au nom le plus récent qui indique où se trouvent les premiers disques. Mets les deux noms dans ton catalogue, pour qu'une recherche sur l'un ou l'autre trouve tout. La règle compte moins que le fait de la noter là où tu la verras.

Ma bibliothèque numérique peut-elle suivre le même ordre que mes étagères ?

En général, oui. Beaucoup de lecteurs de musique gardent un champ de tri distinct du nom affiché. Dans Musique sur Mac, par exemple, tu sélectionnes un morceau, choisis Morceau > Lire les informations et cliques sur Tri pour saisir un texte de tri personnalisé. Utiliser les mêmes noms de tri à l'écran que sur l'étagère, c'est retrouver un album là où tu l'attends, d'un côté comme de l'autre.

Vaut-il la peine de mettre quelques pochettes de face ?

Oui, si tu as la place, et ça règle un vrai problème. Les tranches cachent les pochettes qui t'ont donné envie de la moitié de la collection. Un petit rebord, ou un emplacement de face par étagère, te permet de faire tourner un disque que tu écoutes en ce moment ou que tu viens de rapporter. Traite-le comme une vitrine, pas comme une place de rangement, et remets le disque à sa place alphabétique quand tu le remplaces par le suivant.

Sources

  1. loc.gov/preservation/care/record.html
  2. nedcc.org/assets/media/documents/Pres101/6_media_loc_c-cylinder_disc.pdf
  3. musicbrainz.org/doc/Style/Artist/Sort_Name
  4. lesn.appstate.edu/truett/lib5030/alafiling.htm
  5. en.wikipedia.org/wiki/Optical_disc_packaging
  6. en.wikipedia.org/wiki/LP_record
  7. en.wikipedia.org/wiki/High_Fidelity_(novel)
  8. ebsco.com/research-starters/literature-and-writing/high-fidelity-nick-hornby
  9. support.apple.com/fr-fr/guide/music/mus2561f46f8/mac