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Guides du collectionneur

Prêter ses vinyles et ses CD… sans perdre le fil

Prête un vinyle ou un CD avec une ligne écrite : qui l'a, depuis quand, dans quel état. Le remettre, le vérifier au retour, protéger un exemplaire rare.

Des mains se passent un vinyle dans sa pochette au-dessus d'une table en bois, à côté d'un boîtier de CD et d'un carnet ouvert.

En bref

  • Prête sans compter ce que tu pourrais racheter ; un exemplaire irremplaçable demande d'abord une conversation.
  • Écris une ligne par prêt : quoi, quel exemplaire, qui l'a, depuis quand, jusqu'à quand.
  • Note l'état avec les termes du grading et des photos, et montre-le avant que l'exemplaire parte.
  • Les vinyles voyagent debout dans leurs pochettes, et n'attendent jamais dans une voiture garée au soleil.
  • Avant de prêter un exemplaire irremplaçable, convenez de la durée, de l'écoute et d'une éventuelle perte.

Tu cherches un album et tu trouves un trou là où il devrait être. Quelqu’un l’a. Tu te revois vaguement le tendre à quelqu’un, mais pas à qui, ni si c’était ce printemps ou le précédent.

Prêter ne doit pas finir en trou sur l’étagère. La méthode est courte : décide ce que tu prêtes volontiers, écris une ligne quand un exemplaire part, note l’état dans lequel il part, et compare-le à cette note quand il revient. L’exemplaire que tu ne pourrais pas remplacer a droit à une étape de plus : une conversation avant qu’il parte. Tout cela est emprunté aux musées et aux bibliothèques, qui prêtent des choses précieuses comme si de rien n’était, et ramené à la taille d’une table de cuisine.

Quoi prêter, et à qui

La question utile n’est pas ce qu’un disque représente pour toi. C’est de savoir si tu pourrais le remplacer. Un pressage courant, ou un CD que tu rachèterais sans hésiter, se prête facilement : au pire, il t’en coûte un passage chez le disquaire. Un premier pressage, une pochette dédicacée, un coffret plein d’encarts ou l’exemplaire qu’il t’a fallu des années pour trouver, c’est une autre conversation, qui a sa propre section plus bas.

L’autre moitié de la décision, c’est l’emprunteur. Avant qu’un musée prête quoi que ce soit, le manuel du National Park Service américain demande si l’emprunteur peut le mettre en sécurité, l’assurer et le transporter correctement. Entre amis, la question est plus douce – cette personne en prendra-t-elle soin et le ramènera-t-elle chez elle en un seul morceau ? –, mais c’est la même question.

Pour un vinyle, la question s’étend à la platine sur laquelle il tournera, que tu n’as peut-être jamais vue. Les guides d’archives demandent un diamant nettoyé avant chaque face et une force d’appui vérifiée régulièrement, parce qu’un diamant propre limite l’usure du sillon. Un diamant s’use aussi : un fabricant de cellules estime sa durée de vie à 1 000 heures au plus, avec un entretien correct. Rien de tout cela ne se vérifie sur la platine d’un ami, et poser la question au dîner serait étrange. Si tu préfères ne pas te poser la question, prête le CD, ou un deuxième exemplaire si tu en as un.

Une ligne par prêt

Les institutions qui prêtent sans arrêt notent leurs prêts et leur fixent une fin. Les musées, des deux côtés de l’Atlantique, gardent une trace écrite de chaque prêt et fixent une durée pour chacun. Les bibliothèques font de même, à un rythme plus rapide : la bibliothèque municipale de Lyon, par exemple, prête ses 33 tours pour trois semaines, prolongeables une seule fois trois semaines si personne ne les a réservés.

À la maison, cette trace écrite tient en une seule ligne :

Garde cette ligne là où tu regarderas de nouveau, à côté de la liste de ta collection si tu en tiens une, et pas au dos d’une enveloppe qui finira comme le disque. Tant que l’exemplaire est absent, ne lui donne pas un emplacement qu’il n’occupe pas. Comme le dit le guide pour ranger vinyles et CD dans une seule collection, un emplacement n’est utile que s’il est vrai.

La date convenue compte plus qu’il n’y paraît. C’est moins une échéance qu’une gentillesse : elle te donne un moment naturel pour en parler, et à ton ami un moment naturel pour dire « je l’écoute encore », au lieu que le prêt se transforme sans bruit en un cadeau que personne n’a voulu faire.

Noter l’état avant le départ

Les musées examinent un objet avant qu’il parte, consignent son état avec des photos et envoient une copie du rapport à l’emprunteur ; quand l’objet revient, le même rapport sert à le vérifier. En plus petit, c’est une phrase et quelques photos : chaque face du disque sous une lampe, le recto et le verso de la pochette, la tranche, les encarts. Montre à ton ami ce que tu as noté. La vérification au retour devient alors quelque chose d’accepté des deux côtés, plutôt qu’une inspection qui le prend par surprise.

Écris l’état avec les mots de l’échelle de cotation – ce que veulent dire VG, VG+ et Near Mint –, puis nomme les marques précises : une rayure fine sur la face B, une trace circulaire au recto de la pochette, une couture ouverte sur quelques centimètres en haut. Les cotes sont larges. Les marques nommées sont celles que tu vérifieras vraiment. Pour un double album ou un coffret, compte les disques et les encarts, et note les chiffres.

Pour un exemplaire qui compte, note aussi la zone de fin de sillon. C’est la bande lisse entre le dernier morceau et l’étiquette, où sont gravés le numéro de matrice et d’autres marques. L’examiner est parfois le seul moyen de distinguer un pressage d’un autre, si bien qu’une note permet de confirmer que c’est le même pressage qui revient, et pas seulement le même album. Le guide pour lire les numéros de matrice dans la zone de fin de sillon explique ce que signifient ces marques.

Une chose à ne pas faire : marquer l’exemplaire comme le tien. Selon la norme de cotation Goldmine, une inscription ou un autocollant sur l’étiquette exclut Near Mint, et une inscription sur une pochette fait partie des signes d’une pochette VG. Les disques ne s’en sortent pas mieux : les guides d’archives excluent les étiquettes adhésives et les feutres à solvant sur les CD. Si tu veux que ton nom voyage avec l’album, écris-le sur un bout de papier glissé dans la pochette extérieure ou le boîtier.

La remise

Un vinyle part comme il vit : dans sa sous-pochette, dans sa pochette, idéalement dans une pochette extérieure propre, et porté debout. Les conseils de conservation de la Library of Congress disent de ne jamais poser un enregistrement à plat, et un disque en vrac dans un sac avec des clés et un chargeur en est bien loin. Un CD voyage dans son boîtier, avec son livret et sa jaquette arrière.

La remise est aussi le moment d’un mot sur la manipulation, dit une fois et sans insister. Les vinyles se tiennent par le bord et l’étiquette, les CD par le bord extérieur et le trou central, et personne ne pose les doigts sur la face de lecture. Un CD retourne dans son boîtier dès qu’il sort du lecteur, ce que conseillent aussi les archivistes.

La chaleur, on l’oublie facilement. Le vinyle ramollit quand il a trop chaud, assez pour déformer les sillons, et la chaleur associée à une pression voile un disque. Sur le trajet du retour, la source la plus probable est une voiture garée. Dans une étude publiée en 2005 dans Pediatrics, l’intérieur d’une voiture sombre garée au soleil a gagné en moyenne environ 22 °C sur l’air extérieur en une heure, dont 80 % dans les 30 premières minutes ; même le jour le plus frais de l’étude, il a atteint environ 47 °C. Le disque rentre donc avec son emprunteur, et pas sur la banquette arrière pendant une autre course.

Le retour

Vérifie l’exemplaire quand il revient, en présence de ton ami si possible, en le comparant à ta note et à tes photos. C’est le même regard que tu porterais sur un exemplaire chez un disquaire d’occasion, et les vérifications pour acheter un vinyle d’occasion et acheter un CD d’occasion marchent tout aussi bien sur tes propres albums.

Pour un CD, commence par la face imprimée. C’est la plus fragile : la musique se trouve juste sous l’étiquette, et un creux laissé par un stylo ou un objet pointu détruit définitivement les données en dessous. Côté lecture, la direction compte. Une rayure qui part du centre vers le bord est en général corrigée par le lecteur, alors qu’une rayure qui fait le tour du disque, le long de la piste, risque davantage de provoquer des erreurs qu’il ne peut pas corriger.

Ensuite, compte les encarts, ferme la ligne avec la date du retour et remets l’exemplaire à sa place sur l’étagère. Si une partie seulement d’un coffret est revenue, la ligne reste ouverte jusqu’au retour du reste ; les musées suivent les retours partiels de la même façon.

Si quelque chose a changé, dis-le tout de suite, calmement, et convenez de la suite. Un musée contacte immédiatement l’emprunteur et consigne le changement. La version entre amis, c’est un message le jour même, plutôt qu’un grief gardé pour le prochain dîner.

L’exemplaire que tu ne pourrais pas remplacer

Un premier pressage, une pochette dédicacée, le disque traqué pendant des années : avant qu’un de ceux-là parte, convenez d’un peu plus, et mettez-le par écrit, dans un message que chacun garde. Les musées signent une convention de prêt avant que quoi que ce soit bouge : soins et manipulation, assurance, emballage et transport, frais, et conditions d’une éventuelle prolongation. Toute prolongation est de nouveau convenue par écrit. À la maison, la même convention se résume à cinq questions :

Les bibliothèques règlent la quatrième question sans détour : à Lyon, tout document abîmé ou non rendu donne lieu à un dédommagement de la part de l’emprunteur, selon une grille de tarifs forfaitaires. Entre amis, on peut faire plus doux, mais mieux vaut décider avant que se disputer après. Écrit, c’est convenu et facile à retrouver. Passé sous silence, c’est là que les brouilles commencent.

On a aussi le droit de dire non. Prêter le CD, ou inviter un ami à venir écouter le disque, fait circuler la musique et laisse l’exemplaire à la maison. Ne pas prêter du tout est aussi une réponse honnête ; la méthode sert aux prêts que tu fais avec plaisir.

Un prêt écrit est un prêt auquel tu n’as plus besoin de penser : tu sais qui l’a, depuis quand, et à quoi il devrait ressembler à son retour. Si ta collection est dans Record by Record, note l’état du disque et de la pochette de chaque exemplaire avant qu’il parte, pour que la vérification au retour ait un point de comparaison.

Questions

Combien de temps doit durer un prêt ?

Il n'y a pas de règle, et une règle stricte paraîtrait bizarre entre amis. Choisis une date facile à retenir pour tous les deux : la prochaine fois que tu dois voir ton ami, la fin du mois, un anniversaire. Assez longtemps pour vraiment vivre avec un album, assez court pour que personne n'oublie qu'il s'agit d'un prêt. Si la date arrive et que le disque tourne encore, une prolongation tient en un message.

Et si mon ami n'a pas de platine, ou seulement une platine valise ?

Alors prête l'album sous une forme qu'il pourra apprécier. Si tu l'as en CD, la réponse est simple. Si tu n'as que le vinyle, écoutez-le ensemble chez toi, ou attends d'avoir vu la platine sur laquelle il tournerait. On ne juge pas un diamant d'un coup d'œil, alors garder le disque à la maison est un choix parfaitement raisonnable, pas un affront.

Faut-il prêter un vinyle encore sous blister ?

En général, non. Prêter un exemplaire scellé, c'est laisser quelqu'un d'autre l'ouvrir, et une fois le film retiré, il ne se remet pas. Si tu l'as acheté pour le garder scellé, prête un exemplaire joué ou le CD. Si tu comptais l'ouvrir de toute façon, ouvre-le toi-même d'abord, examine-le et écris ta note d'état, puis prête-le comme n'importe quel autre disque.

Un disque est revenu avec une marque absente de ma note. Et maintenant ?

Regarde d'abord attentivement, puis parle vite. Compare la marque avec ta photo sous une lumière semblable, car une lampe sous un nouvel angle peut révéler des marques qui étaient déjà là. Puis écoute le passage : certaines marques sont purement esthétiques, d'autres s'entendent plus qu'elles ne se voient. Si l'exemplaire a changé, dis-le à ton ami le jour même, et réglez-le comme convenu : le même pressage, identifié par sa zone de fin de sillon, ou le montant fixé à l'avance.

Mon assurance habitation couvre-t-elle un disque pendant qu'un ami l'a ?

Cela dépend de ton contrat, alors lis-le avant de prêter quoi que ce soit que tu ne pourrais pas remplacer. Les contrats diffèrent sur ce qu'ils couvrent hors de chez toi, et les objets de valeur ou les collections peuvent avoir leurs propres plafonds. Demande clairement à ton assureur si les biens confiés à quelqu'un d'autre sont inclus, et garde sa réponse avant de laisser partir un exemplaire auquel tu tiens.

Et les vinyles et CD que j'ai empruntés ?

Tiens la même ligne dans l'autre sens : à qui il appartient, quel exemplaire, quand tu l'as pris et dans quel état il était. Une photo rapide le jour où il arrive t'évitera de te demander si une marque vient de toi. S'il te faut plus de temps, demande avant la date plutôt qu'après. Puis rends-le comme il est venu, dans ses pochettes ou son boîtier, porté debout, remis en main propre plutôt que laissé devant la porte.

Sources

  1. collectionstrust.org.uk/resource/loans-out-lending-objects-the-spectrum-standard/
  2. collectionstrust.org.uk/resource/loans-out-lending-objects-suggested-procedure/
  3. nps.gov/subjects/museums/upload/MHII_Ch5_OutgoingLoans.pdf
  4. bm-lyon.fr/informations-pratiques/les-services-proposes-dans-les-bibliotheques/article/j-emprunte-des-vinyles
  5. bm-lyon.fr/informations-pratiques/article/conditions-de-pret
  6. nedcc.org/assets/media/documents/Pres101/6_media_loc_c-cylinder_disc.pdf
  7. clir.org/wp-content/uploads/sites/6/pub164.pdf
  8. ortofon.com/blogs/news/when-to-replace-the-stylus-of-your-phono-cartridge
  9. good-vinyl.de/app/download/8939810475/GOLDMINE+-+Grading+Records.pdf
  10. support.discogs.com/hc/en-us/articles/360008602254-How-To-Find-Information-On-A-Vinyl-Record
  11. tsapps.nist.gov/publication/get_pdf.cfm?pub_id=151571
  12. archives.gov/preservation/formats/audio-storage.html
  13. kidsandcars.org/document_center/download/hot-cars/2005-07-01-heat-stress-enclosed-veh-study.pdf